KARST & VINCENT BARRAS Corpusculairmetrique

Abstral Compost: voix & texte
Cyril Bondi: percussions, objets
d’incise: percussions, objets, feedbacks
Luc Müller: Percussions, objets, micro contact
Vincent Barras: Voix & texte (Face A)

A. aboutir au corps lune mp3
B. corps tube cage bruits mp3

Download in MP3 (complete album in a zip – 30m07 / 44Mo)
Download in FLAC (complete album in a zip – 30m07 / 137Mo)

LP, 25eur.

Swiss ship: 18eur.

Edited as 250LP, 180gr vinyl, heavy black cardboard, black/silver/gold screenprinted, cover.

Recorded at Studio du Silo, 27.10.2011, by Antoine Petrov.
Mixed by d’incise, Mastering by James Plotkins.

Karst brings together three musicians/percussionists/improvisors, playing in a fusional, abstract, eletroacoustic way, and voice/text/word/sound. This LP, third publication of the ensemble, grows around the theme/word « corps » (body). On the first side, the Abstral Compost’s random text is put in regard of the improvised speech by Vincent Barras (facinatinf character, speaker, medecin historian, sound poet, Cage’s translater, sound anthropogist, etc).
Karst present as well in 2012 a sound theatre play, « Besoin modeste assiette plate », around Samuel Ernest Daibe’s outsider writings.
Cyril Bondi and d’incise team together since years, mainly with their duo Diatribes. Luc Müller is involved in the Lausanne based collective Rue du Nord. Abstral Compost oscillats between sound poetry and wild rap with the Labrats Bugband.

http://www.insub.org/images/scan_karst_rc13w.jpg

Il y a cinq ans de cela, en 2008, D’Incise et Cyril Bondi, réunis depuis 2004 sous l’intitulé Diatribes, fondaient avec un poète lausannois capable de dérapages littéralement hardcore un trio de percussions, bidules divers et textes proférés dont le premier opus dévoilait déjà le nom : « Karst, feat. Abstral Compost ». Le batteur Luc Müller les rejoignait deux ans plus tard et le quartet ainsi formé gravait pour le netlabel Insubordination deux nouveaux albums dont la musique, une sorte d’ambient obscure et interactive, convenait parfaitement à l’organicité glaciale des incantations martelées par le slameur. Il faut dire que le garçon ne prend pas de gants avec l’écriture et ne rechigne pas devant l’expressionnisme ni le scandale lorsqu’il s’agit, par exemple, d’inventorier et d’évaluer financièrement les diverses fonctions naturelles du corps humain, tel un magasinier de grande surface, ou de soumettre la Vierge Marie elle-même à une forme de rite sadomasochiste. « Toujours traîner des formes étranges », troisième album du groupe gravé la même année que « Samuel D. », gérait ainsi le malaise ressenti face au flow chirurgical et hypnotique du récitant sans le diluer sous un magma sonore, mais en soulignant au contraire son urgence, comme une révolte nécessaire subtilement instillée dans l’esprit de l’auditeur.
Aujourd’hui, les trois instrumentistes mettent de nouveau l’architecture souterraine de leurs improvisations au service de la parole émise par Abstral Compost, mais ouvrent également les portes de leur laboratoire cathartique à un nouveau jongleur de mots dont l’esthétique ne diffère pas essentiellement de celle de leur précédent collaborateur. « Corpusculairemétrique », édité en 33 tours par Insubordinations*, accueille donc sur sa première face la poésie sonore du dénommé Vincent Barras, un type assez surprenant, historien de la médecine et traducteur de Cage, notamment. « Aboutir au corps lune », unique titre de ladite face, mêle de façon complexe les mots crachés par Abstral Compost et qui, extraits généralement du lexique médical, interagissent librement avec l’expression aléatoire de Barras, murmurée d’abord puis de plus en plus affirmée à mesure que se développe un discours traitant des trous par lesquels on peut atteindre l’intérieur du corps… Ainsi psalmodiés en un mantra perpétuel et entrelacés avec le texte du slameur, les termes énoncés en viennent à suggérer que l’âme et les viscères ne désignent qu’un seul et même objet, qu’un « il » et une « elle » ne sont finalement qu’un « on » et autres propositions du même tonneau dont l’étrangeté ne nous perturbe plus tant les mots semblent avoir renoncé à leur fonction signifiante… Puissance du langage abstrait qui peut tout dire en un seul raccourci, un simple rapprochement ! Laissez résonner anus avec cérébral et ce n’est plus du son que cette poésie malaxe, mais de l’inconscient dont l’expression immédiate confère au sens une dimension politique aussi indéniable qu’inexplicable. De même, sur la seconde face de ce vinyle à la sombre pochette, Abstral Compost décline à l’infini toutes les variations du phonème corps, lequel devient partie intégrante de multiples vocables que ses litanies associent lorsqu’ils n’auraient jamais du se rencontrer.
Quant à la musique, me demanderez-vous ? Certes, elle est dans le texte et le froissement des mots ensemble quand on en a occulté le sens. Elle est surtout dans ce tout que forment les voix glissant entre les percussions dont le champ lui-même relève plus du grincement, du frottement et du chuchotis que du rythme, fut-il souterrain. Les micros-contacts de Luc Müller amplifient la portée de son propre dispositif comme le feedback de D’Incise renvoie à chacun l’écho de ses vibrations intimes et ouvre ainsi de nouvelles possibilités d’investigation. La musique est tout et partout ! Et pourtant, on ne peut nier que, mise en perspective avec le sens (ou le non-sens) véhiculé par la parole, elle glisse au second plan et acquiert instantanément un statut d’accompagnement. Le mot le plus trivial, qu’il s’agisse de trou, de corps ou de tube, alertera toujours plus notre attention que la plus subtile des harmonies, le plus innovant des concepts sonores. Faut-il le regretter ? La question n’est pas plus à l’ordre du jour que la véracité du propos.
Joël Pagier / improjazz